Mots-clefs

, ,

IMG_1885
Le « Copenhagenize index 2013 » publié en mai 2013 classait Bordeaux comme la quatrième ville la plus cyclable au monde…

Une petite virée en vélo dans les rues de Bordeaux permet très rapidement de relativiser ce classement et de mieux se rendre compte des aménagements nécessaires à réaliser pour confirmer éventuellement cette place dans ce classement…

Il faut savoir que pour établir son palmarès, le Copenhagenize design Co a passé en revue 150 villes à travers le monde. Ses critères étaient variés : aménagements réalisés, projets et notamment volonté politique de faire du vélo un mode de déplacement quotidien. C’est ainsi que Bordeaux et la CUB ont certainement grimpé en tête du classement grâce au double système de prêt de vélos (prêt des vélos de la mairie et VCub de la Communauté urbaine), aux 200 kilomètres de pistes ou bandes cyclables réservées revendiquées par la CUB, aux expérimentations de tourne à droite aux feux rouges ainsi qu’aux doubles sens cyclables.

11% le chiffre qui fait dérailler.

Le chiffre, le plus régulièrement avancé pour estimer la part du vélo à Bordeaux tourne autour de 11% . Mais d’où vient donc ce chiffre ?
La seule enquête ménage déplacements réalisée par la CUB date de 2009 donnait les résultats suivants (comparés à 1998) pour la CUB : Baisse de 64% à 59 % pour les déplacements en voiture, progression de 22% à 24% pour la marche à pied, transports collectifs urbains passant de 9% à 10% et enfin, déplacements à vélo grimpant de 3 à 4%, à l’échelle de l’agglomération. Mais cette enquête a été faite bien avant la mise en service des vélos en libre service (VCUB) qui représentent aujourd’hui entre 4 000 et 11 000 utilisations par jour. La part du vélo a donc depuis très certainement augmenté.

C’est du reste ce que dit le dernier rapport sur l’agenda 21 de la ville de Bordeaux en date de novembre 2014,qui lui aussi reprend ce chiffre de 11%. D’où vient donc ce pourcentage?
C’est l’INSEE qui donne ce chiffre dans un rapport en date de novembre 2013 intitulé: « Emissions de CO2 liées aux déplacements:les longs trajets, en voiture, pénalisent l’Aquitaine »
Les auteurs indiquent que « Près de 11% des Bordelais utilisent le vélo lorsqu’ils restent en ville pour travailler et étudier ». Et voilà donc ce fameux chiffre repris en coeur par l’ensemble des acteurs publics et promoteurs de la cause du vélo.
Pourtant ce chiffre, dans ce rapport, est à tempérer car ne concerne que les actifs et étudiants, soit 129 380 personnes, et pas l’ensemble de la population Bordelaise qui tournait à cette date autour de 230 000 personnes.
D’autre part, dans ce même rapport, un tableau établit la part modale du vélo pour Bordeaux à 8 % toujours pour les actifs et les étudiants, ce qui fait sérieusement baisser le chiffre à l’échelle de la population bordelaise…

Pourtant, c’est bien le chiffre de 11% qui est repris par tous, sans aucune valeur statistique. On l’aura compris, l’heure est à la promotion du vélo et la méthode Coué est de rigueur. L’objectif est donc de marteler que les Bordelais ont changé leur comportement et utilisent dorénavant des modes de déplacement plus doux. Et d’avancer ainsi ce chiffre de 11%…

IMG_1884
Alors Bordeaux sur le podium des villes cyclables?

La revue Terraeco, suite à un questionnaire rempli par la ville de Bordeaux, place ainsi Bordeaux dans le top 5 des villes Françaises où il fait bon pédaler (à la 2° place, derrière Strasbourg). La revue relativise toutefois sur son site internet ce résultat indiquant que « les chiffres donnés correspondent à la ville et non à son agglomération, ce qui constitue un avantage certain. » La part modale pour Bordeaux est donnée à 6,5%. Très loin des 11% affiché partout… et certainement plus proche de la réalité constatée sur le terrain.

D’autre part, si le Copenhagenize design Co place Bordeaux étonnamment haut dans son classement, il rappelle aussi certaines faiblesses constatées sur le terrain : étroitesse des pistes cyclables, nombreuses discontinuités, mauvais état de la chaussée, disparition du marquage au sol, voitures garés sur les pistes, …

C’est donc bien l’aspect qualitatif de ces pistes qui empêche très certainement une appropriation totale du vélo par les habitants de Bordeaux. On peut le regretter d’autant que le relief et la climatologie sont propices à une pratique régulière du vélo. Et les travaux du tram et les nouveaux aménagements dans le centre ville , ont aussi incité les Bordelais à s’ essayer à la pratique du vélo. Mais de là, à nous comparer à certaines villes du nord de l’Europe…

Nous sommes en effet encore loin d’une pratique régulière, journalière et nombreuse, comme cela peut être le cas en Allemagne ou au Pays Bas. Il n’y a qu’à voir l’état de la circulation automobile et les bouchons dans le centre ville, dès que sortent les parapluies pour se rendre compte du travail encore à accomplir. Même si après Strasbourg, Bordeaux est très certainement l’une des villes françaises où la pratique du vélo s’est le plus développée ces dernières années. Des investissements restent encore à réaliser, si l’on veut que la part du vélo atteigne les 15 % de déplacements à vélo dans le centre de Bordeaux d’ici 2020.
(petit exemple: gare de Strasbourg: 2000 places sécurisées, 400 à la gare St Jean…)

Publicités