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Un écoquartier, d’après la définition donnée par le ministère de l’écologie, est un projet d’aménagement urbain qui respecte les principes du développement durable tout en s’adaptant aux caractéristiques de son territoire… Définition donc très, très large qui ne permet pas d’y voir très clair dans les projets actuellement proposés sur notre ville.

Ce concept d’écoquartier est actuellement à la mode et Bordeaux n’échappe pas au mouvement. Deux écoquartiers sont actuellement en cours de développement.

Le plus avancé: le Ginko, écoquartier de Bordeaux Lac est une ZAC (zone d’aménagement concerté) opération publique d’aménagement de l’espace urbain pour la création complète d’aménagement d’un nouveau quartier, en bord du lac, intégrant sur le papier: habitat collectif HQE et BBC,tramway, pistes cyclables, commerces de proximité et mixité sociale.

En phase de démarrage: sur Bordeaux Bastide, la rénovation de l’îlot Niel
, cette ancienne caserne veut devenir une zone pilote autour de concepts environnementaux ambitieux, avec notamment le projet Darwin.
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Le Ginko ou Berges du Lac a donc ouvert la danse et accueillent le premier écoquartier de Bordeaux.
Cet écoquartier sur la rive Est du lac de Bordeaux, délégué par la CUB au promoteur Bouygues Immobilier est situé à proximité du quartier des Aubiers et de la zone commerciale d’Auchan lac.
Gingko rentre aussi dans un projet plus large d’aménagement des espaces situés entre Bordeaux Lac et la Garonne en faisant l’articulation entre le futur quartier, les Aubiers et les Bassins à flot.

Le futur quartier Gingko en chiffres
32 hectares de périmètre
2.700 logements, soit l’accueil environ de 7.000 habitants (33% de logements sociaux, 22% d’accession sociale aidée et modérée, 45% d’accession libre), le tout réparti sur une trentaine d’îlots.
40% d’espaces verts (dont un parc de 4,5 ha)
21.350 m² d’établissements publics dont deux groupes scolaires, un collège privé, une Maison polyvalente, une Maison des danses, un gymnase avec mur d’escalade et 1 Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes)
25.180 m² de bureaux
30.000 m² de commerces en connexion avec la zone commerciale déjà existante
Création attendue de 2.000 emplois
Le tout sera chauffé par un réseau de chaleur alimenté par une chaufferie biomasse qui doit couvrir 100% des besoins. Le projet se veut exemplaire en matière environnementale et architecturale (démarche HQE, bilan carbone à l’échelle de la ZAC, limitation des consommations en énergie et en eau), en matière de mixité fonctionnelle et sociale et en matière d’aménagement paysager (mise en valeur des berges du lac avec création d’un jardin promenade écologique)

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Alors Gingko est-il donc aussi parfait?

Si les habitants semblent dans l’ensemble plutôt satisfaits de leur installation dans ce nouveau quartier, quelques critiques sont venus ternir quelque peu ce tableau.Listons-les.

On aurait détruit un milieu naturel, une forêt, pour installer cet écoquartier.
Plutôt qu’une forêt parlons plutôt d’une plaine en friche, recouverte d’une végétation diverse où coexistaient pins, bouleaux,… Ils laissent aujourd’hui place à des immeubles d’habitations et de bureaux, imbriqués les uns aux autres, et de quelques espaces verts, coincés entre la zone commerciale et le lac.
On aurait évidemment pu faire un autre choix sur cette zone naturelle de 30 hectares inventoriée en ZNIEFF(zone naturelle d’intérêt pour la flore et la faune) en choisissant de renforcer par exemple la trame verte de Bordeaux sur ce secteur déjà fortement urbanisé.

Le projet a été pensé sans ses futurs habitants, ce qui influence au final la qualité du quartier. Rien à voir en effet avec des écoquartiers comme celui symbolique de Vauban, à Fribourg, où les bâtiments sont des projets collectifs mûris par des groupes d’habitants.
Ici, compte tenu des logements sociaux et des logements pour investisseurs en recherche de produits de défiscalisation, les nombreux locataires ne sont pas forcément impliqués dans la démarche initiale. Et n’adhèrent donc pas tous forcément à l’esprit du quartier. Ce qui explique que la base même des écoquartiers: écocitoyenneté, utilisation de transports propres, tri des déchets, développement de l’auto-énergie, mise en commun des moyens,… peinent quelque peu à se mettre en place.

Cet aménagement durable a naturellement pris en compte l’environnement dans lequel il s’inscrit.
Ce qui pose visiblement problème à certains habitants qui se voient imposer des choix qui perturbent leur quotidien. Manque de place de stationnement (une par logement), présence des ragondins ou encore moustiques compte tenu de la proximité du lac,.. sont des thèmes qui hélas reviennent régulièrement en conseil de quartier. Il est vrai qu’on peut regretter que la conception même des bâtiments n’aient pas pris en compte cette donnée, en intégrant initialement des moustiquaires par exemple.

La chaufferie et le réseau de chaleur à Ginko, gérée par Cofely (groupe GDF-Suez) utilise pour l’instant du gaz (23%) plutôt que la centrale bois initialement prévue.
Mais le gestionnaire rappelle que son  » engagement est de fournir une énergie 100% renouvelable au terme du programme immobilier » et qu’il est pour l’instant « plus économique pour tout le monde de faire tourner notre petite centrale au gaz que la grosse chaudière au bois ». Les aléas du développement durable en quelque sorte…

N’y a-t-il pas une opposition à adosser un écoquartier à l’agrandissement d’une des plus vastes zones commerciales de la CUB?
Ce modèle de développement n’est-il pas en effet totalement dépassé? 30 000 m2 de surfaces commerciales en plus sur ce secteur déjà fortement impacté interroge quelque peu. Ce qui entraîne que les commerces prévus ou déjà implantés sur le Ginko réclament des places supplémentaires de parking afin de capter les éventuels clients de la zone commerciale qui, eux, se déplacent majoritairement en voiture.

Le lien avec le quartier des Aubiers n’a pas été à la hauteur des enjeux de mixité sociale. Deux zones cohabitent sans réellement coexister ensemble, les Aubiers et le Ginko. La mixité socio-urbaine basée sur le développement du lien social et de l’écocitoyenneté doit ici encore faire ses preuves.

La structure même des îlots très dense, très concentrée est peu propice par certains endroits à la respiration. La conception des îlots d’habitat et des bâtiments seront-ils favorables à un bon fonctionnement social urbain? Voilà un enjeu de taille qui reste encore à démontrer.

Enfin certains dénoncent la récupération du concept par des « promoteurs architectes » dont les projets ne respectent qu’en partie la notion d’écoquartier.

Alors l’écoquartier du lac sera-t-il bien un levier de régénération urbaine des territoires dans lesquels il s’insère?
Bien des points restent pour l’instant en attente, même si le tramway en passant aux Aubiers a déjà fait beaucoup en rattachant enfin ce secteur à Bordeaux.
Il faudra donc attendre l’aménagement final de ce quartier pour évaluer, et si possible avec les habitants, pour voir si cette démarche d’aménagement urbain sera aussi durable qu’elle veut bien le dire.

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