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Depuis quelques années maintenant, un mouvement se dessine dans nos villes : la réapproppriation de l’espace public par ses habitants.

L’agriculture urbaine apparaît comme un des éléments de ce changement.

Il faut dire que suite aux scandales alimentaires de ces dernières années, de la malbouffe à la vache folle, en passant par les affaires de sécurité alimentaire, de pesticides et de traçabilité des produits, les habitants dorénavant s’interrogent sur le contenu de leur assiette.
Ce mouvement s’est amplifié ces dernières années avec les problèmes de chômage et de précarité.
Car si ce phénomène est assez récent dans nos villes, l’agriculture urbaine et périurbaine est largement présente dans le monde. Bien souvent, complément de revenus ou moyen de survie dans les pays les plus pauvres, cette agriculture urbaine prend dans nos villes aussi la forme d’une réflexion sur les pratiques de consommation et de production imposées par la grande distribution.

Jardins ouvriers, familiaux, partagés, collectifs, potagers associatifs, rue jardin, écoquartiers, composteurs collectifs,… autant de projets sur les quartiers qui voient le jour et qui permettent de créer du lien social autour de la pratique du jardinage.
Le plus souvent initiés par des associations ou des collectifs de riverains, il s’agit de répondre à la demande des habitants qui prennent peu à peu conscience des limites de notre modèle de développement et de la nécessité de pratiques plus respectueuses de la nature, de la biodiversité.

La ville de Bordeaux, comme la plupart des villes, a bien compris l’intérêt de soutenir ces projets. A peu de frais, elle aide au développement de ces initiatives citoyennes.
Friches urbaines ou industrielles, au départ, squattés par les riverains comme par exemple le « jardin de ta soeur » sur les Chartrons, la mairie dorénavant affiche son soutien à ces différentes tentatives de préemption de l’espace public.
L’agenda 21 recense actuellement sur notre ville 15 jardins partagés et 2 jardins familiaux (Bacalan et Aubiers), tous soutenus par la municipalité et cogérés par différentes associations de quartier.
Mais ce soutien a ses limites.

La première limite est la pression immobilière qui accepte ces occupations temporaires par les riverains, tant que les projets de construction ne voient pas le jour. Une fois lancée les études, la friche aménagée en jardin ne fait plus le poids compte tenu du prix du foncier.

La deuxième limite est la production même de cette agriculture urbaine ou périurbaine, bio et sans pesticide, qui est souvent bien moins concurrentielle qu’une production extensive, même située à l’autre bout de la France ou de l’Europe…

Alors l’agriculture urbaine peut-elle nourrir la ville?

On l’aura compris, ce mouvement dans nos villes a deux facettes: l’une, alimentaire et l’autre, sociale.

Pour ce qui est de l’animation sociale, ces jardins de ville modifient les comportements alimentaires des habitants dans le sens de la recherche d’une plus grande qualité des produits consommés.
Ils permettent aussi une réflexion autour de l’espace urbain. Face à la densification de nos villes, les projets d’agriculture urbaine investissent les lieux les plus improbables: toits, friches industrielles, rues, ronds points,… Il s’agit de permettre à chacun de cultiver au plus près de chez lui en réinvestissant l’espace public.
Mais Bordeaux offre peu de place a ses habitants. Si les jardins partagés créent de la convivialité, ils n’assurent que très rarement l’autosuffisance alimentaire rêvée par ses habitants. D’autant que ces terrains restent dépendants de l’espace que les promoteurs veulent bien leur laisser… D’après le baromètre du développement durable de la ville, ,Bordeaux offre une surface de 20m2 d jardins partagés et familiaux pour 100 habitants alors qu’un panel de 4 de taille comparable en offre 62 m2 pour 100 habitants, soit trois fois plus!

En ce qui concerne l’autosuffisance alimentaire, la surface couramment admise pour répondre aux besoins serait de 40 m2 par personne. Il y a plus de 600 000 habitants dans la métropole, cela donne une petite idée de la surface nécessaire.
Actuellement, l’autonomie alimentaire sur notre agglomération n’excède pas plus de 1 jour. (2 jours si on prend en compte la récupération des déchets)

Selon les données fournies par Bordeaux Métropole, en 1960, les surfaces maraîchères représentaient 450 hectares.
En 2010, il n’en restait plus que 130 ha. Il faut dire que la vallée maraîchère de Bordeaux finit au bord de la zone d’activités de Bordeaux lac et a bien du mal à résister à la pression immobilière.
On compte à ce jour, sur l’agglomération bordelaise: 176 exploitations agricoles dont 58 viticulteurs, 47 maraîchers et 33 éleveurs qui génèrent près de 1200 emplois. ( 12 exploitations seulement sont en bio)

Heureusement depuis, Bordeaux Métropole, a pris la mesure des besoins, avec notamment le projet « 55000 hectares pour la nature« . C’est ainsi que la zone maraîchère du Parc des Jalles comprenant les communes d’Eysines, Blanquefort, Bruges, Saint Médard en Jalles, le Haillan et le Taillan a été inscrite en périmètre de « Protection des Espaces Agricoles et Naturels Périurbains (PEANP); le but étant de lui redonner sa vocation maraîchère.

Mais le problème du prix des terres agricoles reste toujours le frein principal à l’installation de nouveaux agriculteurs notamment ceux tournés vers le marché local grâce aux circuits courts.(AMAP, Ruche qui dit oui, drive Fermier,…)

On l’aura donc compris, le véritable enjeu pour l’agriculture urbaine est la préservation du foncier agricole qui nécessite une mobilisation de Bordeaux Métropole pour préserver notre cadre de vie et garantir ainsi l’autosuffisance alimentaire de notre agglomération.

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