Mots-clefs

, , , ,

iincinerateur
A l’heure où la ville de San Francisco est en passe de réussir son pari : miser uniquement sur le compostage et le recyclage pour réussir son objectif de « zéro déchets » pour 2020 (plus de 80% de déchets recyclés actuellement), Bordeaux Métropole peine à réduire la part de l’incinération sur son territoire.

Malgré un discours qui se veut très offensif et à la pointe du développement durable: Bordeaux métropole a répondu à l appel à projet du gouvernement « territoire zéro gaspillage, zéro déchet« , les élus continuent à brouiller les pistes.
C’est ainsi que sur Bordeaux, un jour, Jean Louis David et Alain Juppé veulent revenir aux bacs collectifs dans le centre ville, un autre jour, Anne Walrick et Alain Silvestre annoncent vouloir engager la collectivité dans l’expérimentation prochaine de la redevance incitative.(on paye uniquement en fonction de ce que l’on produit comme déchets) ou encore faire du marathon de Bordeaux un événement zéro déchet.
Autant de messages contradictoires qui ne permettent pas d’avoir un discours sur les déchets très clair ni très compréhensible par les Bordelais à l’échelle du territoire.

La raison première de ces rétropédalages vient du fait que, dès le départ, sur notre agglomération un tout autre choix a été fait, avec le plan TRIVAC (trier, recycler, incinérer, valoriser, communiquer) qui privilégiait, l’incinération.

Il faut dire qu’avec deux unités de valorisation énergétique construites sur Bordeaux Métropole, les fours ne pouvant être arrêtés, difficile de faire marche arrière et ne pas fournir ces incinérateurs en matières premières…
Dès 1985, avait été construit, à Cenon, le complexe thermique des hauts de Garonne qui brûle plus de 125 000 tonnes.(pour une capacité maximale de 138 000 tonnes)
Puis en 1993, a suivi, à Bègles, l’incinérateur d’ Astria qui incinère plus de 260.000 tonnes d’ordures ménagères par an.

Ce qui fait que les 406 707 tonnes collectées en 2013 sur Bordeaux métropole ont été majoritairement incinérées. Donc assurément très loin des tonnages de recyclage et de compostage réalisés à San Francisco.
Car l’incinération est par sa nature et sa logique économique un sérieux frein à la réduction et au tri des déchets.

Mais pourquoi être contre l’incinération de nos déchets?

L’incinération est, souvent présentée comme la solution idéale à la gestion de nos ordures ménagères: le mythe du feu « purificateur » réduisant, comme par miracle, les tonnes de déchets que les ménages produisent chaque jour, persiste.

Mais brûler des déchets qui pourraient être revalorisés: biodéchets, papiers, cartons, métaux,… est un gaspillage de ressources et de matières premières.
L’ADEME estime que, dans une poubelle, 91 % des déchets peut faire l’objet d’un recyclage matière.

D’autre part,l’incinération n’est pas neutre et produit aussi des déchets.
Les fumées qu’un incinérateur rejette contiennent des polluants toxiques, dioxines, furanes, métaux lourds,… et certainement d’autres compte tenu de l’évolution des nouveaux composés chimiques.
Et les filtres qui récupèrent les résidus d’épuration des fumées d’incinération des ordures ménagères (REFIOMS) sont traités comme des déchets ultimes et finissent dans les très coûteuses décharges de classe 1.

Pour finir, si 75 % du volume des déchets est donc « brûlé », le pourcentage restant, les mâchefers, est récupéré à la sortie du four. Ceux-ci doivent encore être traités dans un centre de maturation afin de pouvoir les valoriser en sous couche routière notamment.
Les métaux lourds qu’ils contiennent sont transformés afin de ne plus être solubles dans l’eau.
Rien d’anodin, ni de très respectueux de l’environnement.

Peut-on arrêter les incinérateurs?

La question s’est posée aux élus en janvier 2015. L’incinérateur de Cenon, vieillissant, devait stopper ses activités au début de 2015. Le bureau de Bordeaux Métropole a décidé de le prolonger jusqu’en 2027…

Une aberration pour ses opposants qui dénoncent un « aspirateur à déchets » et surtout un frein aux alternatives comme le recyclage régulièrement soumis aux fluctuations du marché et au cours des matières premières vierges alors que l’incinération est largement subventionnée par l’état(tarifs d’achat d’électricité, taux de TVA, aides au réseau de chaleur…)

Pour justifier leur choix de prolonger cet incinérateur, les élus de Bordeaux Métropole ont aussi mis en avant la difficulté à stopper une combustion des déchets qui permet d’alimenter le réseau de chaleur de la rive droite.
En effet, l’incinérateur de Cenon fournit en électricité et en chauffage environ 12 000 logements soit 30 à 35 000 personnes, à un prix donc très compétitif.
L’usine d’Astria alimente aussi des foyers sur Bègles et doit prochainement alimenter le futur réseau de chaleur de la ZAC Saint Jean Belcier.

Il semble donc que sur Bordeaux Métropole, sans réflexion à moyen terme et sans une volonté réelle d’investir dans une solution alternative lourde financièrement , l’incinération des déchets ait encore de beaux jours sur notre territoire.
Ce qui sous entend que le recyclage ou le compostage auront bien du mal à se faire une place, malgré toutes les belles expérimentations que Bordeaux Metropole lancent actuellement.

Publicités