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C’est un petit bout de l’histoire de Bordeaux qui disparaît chaque jour, à mesure que le chantier du tramway progresse.

En préparant les rues de Bordeaux  pour l’arrivée des rails de la future ligne du tram, les camions de chantier enlèvent non seulement bitume et gravats mais aussi des tonnes et des tonnes de pavés…

Ces pavés, c’était un peu un peu l’âme de cette ville.

Si leur enlèvement, pour cause d’incompatibilité avec la pose des rails est nécessaire, on est en droit de s’interroger sur leur destination finale.

Rappelons que ceux-ci, bien avant le goudron qui les a généralement recouverts,  ont longtemps permis aux Bordelais de circuler aisément dans cette ville sans se salir les pieds. L’histoire de Bordeaux passe donc aussi par celle de ses pavés.

Le site d’une commune « Liorac sur Lioure » en Dordogne leur a même consacrés une page: http://www.liorac.info/PAGES/paves.php . On y apprend qu’  » au cours du XVIII ème et surtout du XIXème, un vent de modernisation et d’amélioration de l’espace urbain a soufflé sur ces villes, en particulier sur Bordeaux et le pavage des rues et des routes d’accès a constitué une priorité. »

Les  carrières de cette forêt de Liorac, organisées à ciel ouvert, employaient ainsi de nombreux ouvriers pour tailler ces pavés dans des blocs de grès,  manuellement, au prix de considérables efforts.  Localement, c’est toute une économie qui s’était mise en place pour alimenter Bordeaux.Suit ensuite un travail d’acheminement fastidieux car le pavé est lourd.

En fonction de ses dimensions, un pavé peut peser jusqu’à 20kg.  « En 1848, 14000 pavés quittent Bergerac, ils valent 18 centimes le pavé.  L’année suivante, la production a augmenté, 45700 pavés au même prix. En 1850, la demande doit être plus forte et ce sont 62 350 pavés dont le prix a un peu augmenté : 20 centimes le pavé qui quittent le port de Bergerac. (…) Quoiqu’il en soit, jusqu’en 1868 (date à laquelle le document se termine) environ 800 tonnes de pavés quittent chaque année le port de Bergerac, le prix de la tonne variant suivant les années entre 200 et 250 F. »

La ville de Bordeaux a donc acheté, pendant des années, des milliers de pavés pour offrir à ses habitants le confort de la modernité…de l’époque.

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Alors ces pavés sont-ils tous récupérés ou bien laissés aux entreprises de BTP sous-traitantes qui creusent le sol de Bordeaux?

Le sujet est sensible depuis 2010, date à laquelle une affaire avait secoué la CUB (communauté urbaine de Bordeaux). A cette époque, les douaniers avaient révélaient une fraude majeure avec une arnaque basée sur des surfacturations de matériaux. Le surplus de pavés commandés pour le chantier du tramway était tout simplement revendu à l’étranger… La CUB après avoir vécu garde à vue, mise en examen, perquisition, audit interne, …avait décidé de renforcer ses contrôles sur l’exécution de ses marchés publics.

Aujourd’hui, il semble donc que Bordeaux Métropole contrôle mieux ses commandes publiques et récupère donc la majeure partie de ces pavés pour réaménager des sites ou des voies comme l’atteste cet article de 2010 du journal Sud Ouest, http://www.sudouest.fr/2010/12/23/on-a-retrouve-les-paves-274428-729.php .

Cependant quand on voit l’ampleur des travaux du tram sur Bordeaux comme par exemple sur l’axe Tourny-Fondaudège-Le Bouscat ou bien encore aux Bassins à flots, sans même évoquer tous les travaux sur les réseaux de  gaz et d’eau, qui durent maintenant depuis quelques années, certains pavés disparaissent certainement avec les gravats dans ces chantiers monstrueux.

Bordeaux Métropole indique cependant en récupérer la plus grande partie. Pour cela, la collectivité possède plusieurs dépôts de matériaux et deux sites qui entreposent précisément ces pavés: l’un au nord de la ville et l’autre sur la commune de Villenave d’Ornon.

Car le pavé reste une manne financière non négligeable pour Bordeaux Métropole,  compte tenu des travaux en cours, des plans d’aménagement à venir et surtout du volume récolté de pavés.  Une petite fortune donc sous nos pieds  qu’il s’agit surtout de ne pas sous estimer.  Aujourd’hui, sur un site de vente en ligne, des pavés « Napoléon » ou plus récents se négocient entre un et deux euros l’unité…

 

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